Introduction
Bien que nous ayons tendance à confondre sentiments et émotions, leur distinction est pourtant fondamentale. Les manuels scolaires occultent souvent notre intelligence émotionnelle ; dès lors, comment communiquer avec sérénité dans un monde saturé de stimuli contradictoires ? Saisir cette nuance est la clé pour mieux se comprendre soi-même et s’ouvrir véritablement aux autres.
Les émotions
Les émotions primaires, aussi appelées de base ou universelles, sont les premières que vivent les enfants. Elles sont au nombre de 6. Les six principales apparaissent au cours de la première année de vie : joie, tristesse, dégoût, peur, colère et la surprise.
Une émotion est une réaction physiologique à une stimulation. C’est un mouvement vers l’extérieur (latin E = vers l’extérieur et movere = mouvement).
Consciemment, nous sommes capables de traiter jusqu’à 2000 bits secondes d’informations et inconsciemment 400 milliards.
Pour que le conscient communique avec l’inconscient, les mots ne suffisent pas, pour qu’il y ait interaction entre les deux, il y a le schéma émotionnel, un ressenti extrêmement rapide. Nous sommes capables de changer d’état interne en 4 millisecondes. Notre inconscient possède une vision globale des informations que nous traitons.
L’intuition joue un rôle majeur car l’inconscient nous transmet des informations au travers de nos émotions, nos lapsus, nos actes manqués, nos rêves à notre partie consciente.
Une émotion ne dure que quelques minutes à l’inverse d’un sentiment qui s’installe dans la durée et elle se déploie en 3 temps :
- Charge,
La perception du stimulus (visuel, auditif, olfactif…) et son interprétation par l’amygdale (petit élément du cerveau essentiel au décodage des émotions, et en particulier des stimulus menaçants) déclenchent la charge de l’émotion. Des hormones sont libérées. - Tension,
Le corps se met en tension, c’est-à-dire en mobilisation énergétique pour agir ou fuir. L’émotion agit comme un vrai guide pour l’organisme : elle guide vers une réaction appropriée (expansion, rétractation, attirance, rejet…). - Décharge.
La décharge est la phase d’expression qui permet au corps de revenir à son équilibre de base (par exemple les tremblements et les pleurs “expulsent” la peur du corps, les cris expulsent la colère…).
Le lien entre émotions et pensées
Aaron Temkin Beck, psychiatre et psychanalyste Americain, mort en 2021 à l’âge de 100 ans, considéré comme le père de la thérapie cognitive, a développé un outil majeur pour comprendre les schémas cognitifs dernière nos pensées et des filtres aux travers desquelles nous percevons et interprétons toutes nos situations de vie. Ce sont les colonnes de Beck. Les colonnes de Beck nous permettent de comprendre toutes les émotions qui nous traversent.
Chaque jour, nous rencontrons des situations et pour certaines d’entre elles, il peut y avoir des émotions (joie, peur, colère…). Lorsque nous les développons, nous avons tendance à les attribuer à la situation. Cela peut être vrai, ce qui veut dire que c’est adapté.
Par exemple, imaginons que nous soyons au bord d’un précipice, cette situation va effectivement générer l’émotion de peur (sans peur, nous tomberions !) Cela nous permet donc d’avoir un comportement adapté, autrement dit faire trois pas en arrière.
Nous avons donc une Situation qui crée une Émotion, qui crée un Comportement; le schéma est donc adapté.
S ➡ E ➡ C : 👍
Un schéma inadapté serait d’être à 100m du bord et de générer une émotion de peur, car notre cerveau ne fait pas la différence entre une situation réelle de danger et une situation virtuelle de danger, c’est à dire imaginée. Le comportement sera le même c’est à dire éviter de s’approcher du bord, voire fuir. Plus je vais m’éloigner du précipice et plus ma peur va diminuer donc mon comportement agit sur la situation agissant sur mon émotion pour diminuer ma peur or c’est une erreur car à 100m, ce n’est pas une peur universelle (tout le monde n’a pas cette émotion de peur à 100m du précipice). Cette peur est générée par nos Pensées négatives, c’est a dire ce que l’on interprète de la Situation qui va générer notre Emotion et notre Comportement (si j’avance encore un peu,, je vais glisser, tomber voire me tuer)
P ➡ S ➡ E ➡ C : 👎
Nous faisons donc le constat, dans cet exemple, que se sont nos pensées (ce que l’on se dit à propos de…) qui créent nos émotions et non la situation.
Nous utilisons deux stratégies comportementales pour agir sur nos émotions
- Soit nous agissons sur la situation (stratégie d’évitement)
- Soit nous agissons directement sur l’émotion par des addictions (fumer, boire, prendre des médicaments) (stratégie comportementale)
Ces deux stratégies sur le court terme peuvent fonctionner mais ne permettent pas de traiter le ou les traumatismes de fond.
Nos pensées négatives créent nos appréhensions ( je suis nulle, je n’ai pas de conversation, etc…) Notre interprétation de la situation engendre une émotion de peur.
Par exemple, si une personne critique ma coiffure ou ma tenue vestimentaire je vais générer une émotion de peur, ce ne sont pas ses dires qui vont créer cette émotion mais bien ce que je me dis de ses critiques (si elle pense cela, tout le monde doit penser cela !) je donne du crédit à ses paroles et par mon comportement je vais éviter les relations sociales. A contrario, si je me dis, elle a le droit de penser ce qu’elle me dit mais ce n’est pas une vérité universelle par conséquent, je ne vivrai plus la même émotion.
Derrière toutes nos pensées qui analysent toutes nos situations de vie, il y a nos schémas cognitifs, c’est-à-dire la manière d’interpréter les situations qui entraînent nos émotions et nos comportements. Ces schémas s’apparentent à des filtres au travers desquels, nous allons voir tout ce qu’on vit, or ces filtres sont « déformants ». Ils sont construits à partir de nos histoires de vie. Sous la notion d’histoire de vie nous laissons paraître:
- Notre idiosyncrasie
- L’éducation reçue, nos valeurs, nos principes, nos croyances
- Nos modèles parentaux que nous avons vu fonctionner ou dysfonctionner
- Les événements émotionnels dans notre enfance ont marqué notre façon de voir les choses.
Nos schémas cognitifs se cristallisent durant l’enfance. Cependant, ce qui fut une réponse adaptative hier devient un mécanisme inadapté aujourd’hui. Ce décalage entre nos anciens réflexes et les besoins de notre vie d’adulte est la source de nombreux schémas répétitifs et dysfonctionnels
Le dysfonctionnement apparaît précisément lorsque nos schémas s’ automatisent et deviennent extrêmes. Ce qui était autrefois une simple stratégie de protection se transforme alors en une réaction disproportionnée, déconnectée de la réalité présente.

Si le schéma d’exigence n’est plus, c’est à dire l’abandon des règles élémentaires de bonne conduite sur le plan de l’attitude, je vais générer des pensées très négatives à mon sujet entraînant des émotions négatives et un comportement de laisser-aller
A l’opposé si le schéma exigences est trop présent, je vais générer beaucoup de stress avec des pensées d’obligations et de devoir. Pour calmer le stress des pensées, la mise en place de comportements à toujours vouloir faire plus, toujours faire mieux créant des dysfonctionnements avec des phénomènes de Burn out
L’idée est de revenir à une notion d’équilibre.
Il existe 3 filtres :
➜ Moi (comment on se perçoit)
➜ les Autres (comment nous percevons les autres)
➜ l’Environnement (physique et avenir)
Les dires négatifs et répétitifs durant l’enfance vont faire naître des croyances que nous allons accepter comme vérité absolue.
Ces filtres négatifs et déformants contribuent à la construction de l’égo générant des symptômes névrotiques tels que des difficultés relationnelles, la survenue inopinée de moments d’angoisses, un sentiment subjectif de mal-être ou la perception d’une conflictualité interne.
Imago et somatisation
L’ego constitue cette part de nous façonner par le regard extérieur ; c’est aussi le siège de nos vulnérabilités. Lorsque notre nature profonde se heurte à des environnements pétris d’exigences, d’inquiétudes ou de dysfonctionnements, une tension naît. C’est souvent ce refus de se soumettre à des attentes contraires à notre essence qui finit par se cristalliser en blessures
S’appuyant sur les travaux de Sigmund Freud et de Wilhelm Reich, l’auteure Lise Bourbeau a théorisé cinq blessures fondamentales de l’âme : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice. Ces empreintes primitives sont les piliers sur lesquels l’ego érige ses mécanismes de défense.
Pour nous protéger, nous avons adopté des stratégies de défense qui s’activent automatiquement dès qu’un enjeu relationnel réveille nos blessures. Faute de prise de conscience, ces protections se rigidifient jusqu’à être confondues avec notre identité. En réalité, ces mécanismes ne sont pas innés ; ce sont des masques — ou « Faux-Self » — qui entravent notre liberté d’être. Pour apaiser la souffrance, l’ego dicte au mental des schémas de pensée (illustrés par les colonnes de Beck) qui génèrent des émotions et dictent des comportements visant à supprimer la douleur. Or, si ces stratégies d’évitement offrent un répit à court terme, elles ne traitent jamais le traumatisme de fond et finissent, au contraire, par l’aggraver.
Prenons l’exemple de la blessure d’abandon : l’ego, pour conjurer le vide, se conditionne autour d’un impératif inconscient : « Je ne dois plus jamais être abandonné ». Cette pensée génère une peur latente qui dicte une stratégie de sur-adaptation. En cherchant à tout donner pour l’autre jusqu’à “l’étouffer”, la personne finit paradoxalement par provoquer la fuite qu’elle redoutait. Ce phénomène de répétition aggrave la blessure initiale et valide les craintes de l’ego. Dès lors, il devient vital de cultiver nos ressources internes — le Soi — pour sortir de ces automatismes.
À l’opposé de l’ego se déploie le Soi, cette réalité individuelle perçue à travers le Self. Pour Carl Gustav Jung, le Soi est à la fois le centre et le contenant de notre psyché, la source et l’aboutissement du processus d’individuation. Il importe de distinguer ce dernier de l’individualisation : si l’individualisation permet de forger un ego sain et ancré dans le réel, l’individuation appelle l’être à se réaliser dans sa totalité. L’un construit l’outil nécessaire à l’existence sociale ; l’autre invite à la rencontre avec notre essence profonde.
Néanmoins, si l’individualisation se poursuit indéfiniment et de façon exclusive, elle mène au narcissisme pervers, à l’individualisme et à l’égoïsme.
L’individuation permet d’embrasser l’intégralité de son être. C’est alors que la personne devient un véritable individu — du latin individuum, ce qui est indivisible. Ce voyage débute par l’individualisation : l’enfant réalise que son monde intérieur diffère de l’extérieur, perdant ainsi son unité originelle pour bâtir un « Moi » séparé des autres. Après l’hypertrophie de l’ego à l’adolescence, vient le temps du reflux, où l’adulte prend conscience de ses limites et de la répétition de ses névroses. Vers 40 ou 50 ans s’amorce le retour vers un Soi désormais conscientisé. En se désidentifiant du Moi, la personnalité se dissout alors dans une conscience plus vaste : l’être retrouve enfin son unité.
Le besoin fondamental du Soi, c’est la liberté d’être soi même, le Soi est en lien direct avec le corps. Ce Corps qui nous transmet des informations quant à notre santé; mais l’écoutons nous vraiment ? Crises d’eczéma, lumbagos à répétition, acouphènes, coliques…des symptômes récurrents ou chroniques sur lesquels aucun diagnostic grave n’est jamais posé. Pour le corps médical, ces troubles orphelins d’explications sont dits psychosomatiques. Les maux d’esprit dérèglent le corps, qui perturbent le psychisme. D’après Michel Odoul, auteur du célèbre best seller “Dis-moi où tu as mal et je te dirai pourquoi” (Albin Michel), les hormones déclenchées par le stress se dégradent, deviennent des radicaux libres, induisent une acidification des articulations, des spasmes musculaires. A la longue, le phénomène peut déclencher un malaise vagal, des hallucinations auditives ou visuelles. Double peine : les émotions peuvent être extrêmement immuno-déprimantes. En abaissant les défenses immunitaires de l’individu, elles ouvrent plus facilement la porte aux virus, microbes ou des manifestations physiques fonctionnelles (palpitations, eczéma). Allons plus loin dans l’explication de ces phénomènes physiologiques. L’émotion de la colère produit du cortisol. Le cortisol est une hormone fabriquée par les glandes surrénales (deux petites glandes situées au sommet de chaque rein). L’hormone joue un rôle essentiel dans l’équilibre du glucose sanguin et la libération de sucre à partir des réserves de l’organisme en réponse à une demande accentuée en énergie. Le cortisol intervient aussi dans le métabolisme des graisses et des protéines. Il joue un rôle anti-inflammatoire et participe à la régulation du sommeil, or 5 min de colère équivaut à 5h de diffusion de cortisol dans le sang attaquant les cellules de l’Hypothalamus et du Thalamus (structures du système nerveux central). Les doses massives de Cortisol sont l’un des facteurs de très grandes difficultés physiques, de maladies neurodégénératives mais également de Cancers.
La meilleure manière d’éviter de somatiser est d’exprimer ce que l’on ressent car la fonction principale de l’émotion est de nous protéger.
L’idée générale est de faire grandir la partie du Soi et de diminuer la part de l’égo et du mental. Un développement de notre conscience du Soi augmente la confiance, l’amour de Soi-même, et diminue les peurs, les frustrations, les culpabilités.
Les émotions, une protection par excellence
Les émotions ont un rôle capital dans notre vie et notre survie. Elles nous aident à évaluer les situations et à nous adapter en permanence dans un monde sans cesse en mutation. Grâce à nos émotions, nous évitons les dangers et nous saisissons des opportunités. Réagir à un danger en une fraction de seconde (peur) ou éviter une intoxication alimentaire (dégoût) sont des fonctions vitales. Elles nous assurent :
- Un rôle de protection : Elles nous protègent lorsque notre vie est en danger, grâce aux circuits neuronaux qui produisent une réaction plus rapide que celle issue du raisonnement : fuite, immobilité, attaque ou défense en fonction de la nature du danger.
- Un moyen de communication : Elles nous permettent de communiquer nos sentiments au travers d’expressions verbales, faciales et corporelles qui renseignent sur l’humeur ou l’état affectif ressentis.
Les émotions sont la réflexion de nos besoins
Les émotions nous mettent en mouvement. Elles nous permettent de trouver un équilibre et de nous protéger face à la violation de notre espace personnel et vital, de notre intégrité. Dans le cas contraire, nous risquerions de malmener nos besoins fondamentaux hiérarchisés selon Abraham Maslow (1916-1972) psychologue américain, définissant l’être humain comme un tout présentant des aspects physiologiques, psychologiques, sociologiques et spirituels.

Les émotions sont donc le reflet de nos besoins à satisfaire. Quel besoin se cache derrière nos 6 émotions primaires et quel comportement adopter?
- La joie : besoin de partage, de maintien, renouvellement de la situation génératrice de l’émotion. La joie vient également satisfaire un besoin de croissance et d’évolution.
- La tristesse : besoin de réconfort, de compréhension, de consolation mais également le besoin de repli sur soi.
- Le dégoût : besoin de d’éloignement de quelque chose ou de quelqu’un qui nous révulse
- La peur : besoin de sécurité, de protection, de fuite face à un danger
- La colère : besoin de réparation, de respect, de changement, besoin de mettre des limites pour défendre ses droits, besoin de lutter face à une situation dangereuse
- La surprise : besoin de s’adapter à un imprévu, besoin de temps pour comprendre, analyser et apprendre.
Emotions et neuroscience : le cerveau triunique
Dans les années 1960, Paul D.MacLean, médecin et neurobiologiste américain, développa la théorie du cerveau triunique, détaillant une organisation du cerveau en trois parties : cerveau reptilien, cerveau limbique (mammalien), et cerveau néo-cortex (cortex préfrontal). En fait, la partie la plus ancienne et donc primitive du cerveau se développe dans l’utérus, tandis que le cerveau émotionnel s’organise au cours des 6 premières années de vie et que le cortex préfrontal se développant en dernier.
Le cerveau reptilien
On connaît le cerveau reptilien comme l’ancien cerveau animal. Il se trouve au niveau du tronc cérébral, c’est-à-dire à l’endroit où la moelle épinière accède au crâne. C’est la partie la plus primitive de l’être humain et elle commence à se développer au sein même de l’utérus. Cette partie a une influence sur tout ce que peuvent faire les nouveaux nés (respirer, manger, dormir, se réveiller, pleurer, uriner, faire leurs besoins…). Le cerveau reptilien est le berceau de nos mémoires reptiliennes et de nos émotions archaïques. Emotion “e movere” “Mouvement vers l’extérieur », se mettre en mouvement vers l’extérieur. En intelligence émotionnelle, nous parlons des émotions archaïques qui est un abus de langage, nous devrions parler d’intelligence sentimentale car nous vivons très peu d’émotions dans notre vie. Dans la rue, un crissement de pneus nous fait sursauter pour nous rendre compte par après que le danger n’était pas à proximité mais le réflexe a été de nous protéger et ensuite de penser. Le cerveau reptilien est le cerveau le moins évolué mais qui est le plus réactif, c’est également celui qui prendra le relais sur tous les autres cerveaux, il a pour fonction de nous protéger, de nous faire garder “les pieds sur terre” ou notre “sang-froid”. C’est également le cerveau de la reproduction de l’espèce humaine.
Le cerveau émotionnel, limbique (ou paléomammalien)
Le cerveau émotionnel associé à l’aire limbique se trouve juste au-dessus du cerveau reptilien, dans le centre du système nerveux central. Il commence à se développer à la naissance du bébé. En fonction de l’expérience, de la composition génétique et du tempérament inné de l’enfant, ce cerveau émotionnel ou système limbique se définit.
Certains auteurs nomment le cerveau émotionnel l’ensemble formé par le cerveau reptilien et le système limbique. C’est le centre des émotions, le moniteur du danger, le juge du bien-être, l’arbitre de la survie…Les émotions intenses activent le système limbique, concrètement dans l’aire de l’amygdale. L’amygdale (mémoire émotionnelle) et l’hippocampe (mémoire factuelle) se chargent de nous informer des dangers (centre de la peur) et de mettre en marche certaines réponses :
- Elles provoquent la cascade des hormones du stress
- Elles provoquent les pulsions nerveuses,
- Elles élèvent le rythme cardiaque
- Elles augmentent la consommation d’oxygène
- Elles préparent le corps à lutter ou à s’échapper
Certaines personnes ayant été confrontées à des situations traumatiques enregistrent la menace, mais leur esprit conscient continue de faire comme si rien ne s’était passé. Bien que notre psyché soit capable d’apprendre à ignorer les messages du cerveau émotionnel, les signaux d’alarme du corps ne cessent pas et le cerveau émotionnel continue de fonctionner allant jusqu’à pousser le cerveau reptilien à nous mettre en protection face à des traces mnésiques déjà connu par notre cerveau limbique (mémoire émotionnelle et factuelle) pouvant provoquer de l’anxiété, des crises d’angoisses.
Le cerveau rationnel
La partie la plus jeune de notre cerveau triunique est le cerveau rationnel, également connu comme néocortex. C’est celle qui nous différencie du reste des animaux, en effet si les animaux ressentent les émotions, ils ne peuvent pas ressentir les sentiments. Ce que nous appelons l’émotion sentimentale (un ressenti qui vient du mental). On y trouve également le cortex préfrontal chargé de la planification, de l’anticipation, de la perception du temps et du contexte, de l’inhibition des actions inadéquates, de la compréhension empathique…Il est cartésien et logique. Il distortionne la réalité pour trouver du sens à ce qu’il ne comprend pas c’est-à-dire à ce que provoque le reptilien et le limbique. Il est le père fondateur de cette traditionnelle question rhétorique “mais pourquoi j’ai fait ça?” Les lobes frontaux font partie du cerveau rationnel et équilibrent la limite entre les pulsions et le comportement acceptable dans une situation déterminée.
Le bon fonctionnement des lobes est crucial pour les fonctions suivantes :
- Maintenir des relations harmonieuses avec les êtres humains
- Eviter de faire des choses qui nous obligeraient à nous engager ou qui pourraient blesser les autres
- Réguler nos pulsions : faim, sexe, colère
En réalité, le cerveau rationnel occupe seulement 30% de l’espace crânial et s’occupe surtout du monde extérieur. Ses fonctions principales sont la compréhension des fonctionnements, l’atteinte des objectifs, la gestion du temps, le séquencement des actions… En comparaison avec le cerveau émotionnel, l’organisation cellulaire et biochimique du néocortex du cerveau rationnel est plus complexe.
Les sentiments ou émotions ?
Le sentiment est la prise de conscience d’un état émotionnel. Comme l’émotion, il s’agit d’un état affectif, mais contrairement à elle il se construit sur des représentations mentales, s’installe durablement chez l’individu et son ressenti est moins intense et prend plus de place dans notre vie. Autre différence, le sentiment est généralement dirigé vers un objet (une situation, une personne…), tandis que l’émotion est liée à une situation. L’émotion est instantanée et liée à notre système de réaction automatique de notre système reptilien à contrario du sentiment qui va prendre racine dans le système limbique.
Les sentiments sont donc des émotions conscientisées par notre cerveau et qui durent dans le temps. Ainsi, la haine est un sentiment attisé par la colère (émotion), l’admiration est un sentiment nourri par la joie (émotion), l’amour est un sentiment engendré par beaucoup d’émotions différentes (la joie, la colère, la surprise…).
Les émotions sont apparues plus tôt dans le processus de l’évolution et par voie de conséquence les humains et animaux peuvent les ressentir. Les émotions proviennent d’une ancienne partie du cerveau archaïque, il réside un espace très proche entre le cerveau reptilien et limbique.
Les sentiments sont apparus bien plus tard et sont propres aux humains. Ils sont produits dans une partie du cerveau plus récente situés entre une partie du cerveau limbique et une grosse partie dans le néocortex associé à la capacité de penser
Les émotions sont instables, de courtes durées et se remplacent très rapidement.
Les sentiments apparaissent suite aux expériences émotionnelles croissantes, ils sont stables, constants et peuvent vivre chez une personne pendant de nombreuses années.
Les émotions sont des processus physiologiques accompagnés de réactions corporelles. La joie apporte un accroissement du rythme cardiaque, les yeux brillent, le sourire apparaît.
Les Sentiments au contraire sont cachés en nous et se manifestent par des émotions différentes c’est à dire indirectement, cela à pour conséquence de ne pas pouvoir les montrer physiquement. Ressentir de la culpabilité n’est pas démontrable physiquement.
Nous ne pouvons ressentir deux émotions distinctes en même temps, par contre nous pouvons ressentir deux sentiments voire même jusqu’à 3; nous pouvons aimer et haïr en même temps mais nous ne pouvons pas être furieux et joyeux simultanément.
L’intelligence émotionnelle ou intelligence du coeur
Lorsque nous décidons de partir en randonnée, il nous faut prévoir tout l’équipement et le matériel (l’eau, chaussures, carte, etc…) nécessaire pour profiter au mieux de cette expérience.
Quel équipement aimeriez-vous prendre pour vivre pleinement votre vie? Pour vous aider à profiter de cette expérience indescriptible tout en apprenant à mieux accueillir les moments inévitables d’adversité?
Si un équipement me paraît fondamental pour profiter au mieux de cette folle expérience, c’est bien l’intelligence émotionnelle.
Le concept d’intelligence émotionnelle a été mis en avant pour la première fois en 1990, par les psychologues Peter Salovey et John Mayer. Mais c’est le psychologue américain Daniel Goleman qui le popularise en 1995 avec son best-seller “L’intelligence émotionnelle”. Elle se caractérise par la capacité à comprendre et maîtriser ses émotions, mais aussi celles des autres. Pour Daniel Goleman, l’intelligence émotionnelle s’exprime à travers cinq compétences :
- La conscience de soi : être conscient de ses sentiments et utiliser autant que possible son instinct dans la prise de décisions. Pour cela, il est important de se connaître soi-même et d’avoir confiance en soi.
- La maîtrise de soi : savoir gérer ses émotions pour ne pas qu’elles interfèrent de façon négative dans notre vie en nous submergeant.
- La motivation : ne jamais perdre de vue ses envies et ses ambitions pour toujours avoir des objectifs, et ce, même en cas de déceptions, d’imprévus, de contrariétés ou de frustrations.
- L’empathie : savoir recevoir et comprendre les sentiments d’autrui, être capable de se mettre à la place de l’autre.
- Les aptitudes humaines et la capacité à entrer en relation avec les autres : interagir avec les autres sans véhémence et utiliser ses aptitudes pour faire passer ses idées en douceur, régler des situations conflictuelles et coopérer.
Il est essentiel de souligner que l’intelligence émotionnelle doit être développée et améliorée de manière continue et ce depuis le plus jeune âge. Que ce soit en formation, en thérapie ou tout simplement dans les relations de sa vie de tous les jours. En effet, selon Daniel Goleman, les compétences émotionnelles ne sont pas des talents innés, mais des compétences apprises.
Goleman va également défendre dans son livre l’idée que l’intelligence émotionnelle est l’aptitude maîtresse à la base de toutes les autres, y compris de l’intelligence intellectuelle. Il va montrer que le QE (quotient émotionnel) prédit la réussite encore mieux que le QI. En effet, ce ne sont pas les personnes qui ont le meilleur QI qui réussissent le mieux. Selon Goleman, l’intelligence émotionnelle bloque ou amplifie notre capacité mentale de penser, d’apprendre, de résoudre un problème.
Pour réussir à l’école, on a enfin compris qu’il ne suffisait pas de bien réfléchir et de maîtriser des savoirs. Développer son intelligence émotionnelle, savoir identifier, gérer ses émotions, comprendre celles des autres pour pouvoir communiquer et être en relation avec eux, est tout aussi important.
Le couple cognition-émotion est complémentaire dans la notion d’intelligence et dans le développement des apprentissages. L’intelligence est donc multiple
Avoir un bon QI, avoir une intelligence « rationnelle » et des diplômes ne suffisent plus dans une société de plus en plus complexe, l’humain doit être pris en compte.
Dès le plus jeune âge, les parents ont un rôle important à jouer, en servant de modèles, en mettant des balises, en permettant à l’enfant de vivre et réfléchir à des situations tout en développant sa confiance en lui. L’école aussi. Terrain d’expérimentation par excellence des émotions et des relations entre jeunes, l’école, en perte de sens, a tout à gagner à développer l’intelligence émotionnelle pour plus de confiance, de motivation, de réussite et un meilleur vivre ensemble des adultes de demain.
Référence et sources
*Beck, AT (1975). La thérapie cognitive et les troubles émotionnels . New York, NY : Méridien.
*Le Soi : l’essence de l’être EDLPJ
*Lise Bourbeau : (2015) La guérison des 5 blessures, Les Éditions ETC,
*Michel Odoul : (2002) “Dis-moi où tu as mal et je te dirai pourquoi” (Albin Michel)
*Le Cortisol : David Lefrançois Neuroscientifique
*Cerveau triunique :Van der Kolk, B. A. (1994). The body keeps the score: Memory and the evolving psychobiology of posttraumatic stress. Harvard review of psychiatry, 1(5), 253-265.
*Daniel Goleman (2014) L’intelligence émotionnelle. Analyser et contrôler ses sentiments et ses émotions, et ceux des autres, les Editions j’ai lu
