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Rafaël NAVARRO-GILLARD

Après une analyse personnelle de plus de dix ans, Rafaël se passionne pour la compréhension des conduites addictives.
Son désir de devenir psychanalyste se réalisera dans la rencontre du Docteur Nasio qui l’invite à son séminaire fermé. Il a alors 35 ans.
Va suivre un apprentissage strict et rigoureux mais surtout débarrassé de terminologie jargonneuse — qu’ il exècre —.
A 40 ans il ouvre sa première consultation à Paris.
Suivront Bordeaux et Amiens .
Aujourd’hui à 60 ans il est récompensé d’un Mastère honoris causa et président de Vital Enonce. Il consulte à Paris et Auxerre et donne des conférences sur des sujets psychanalytiques en lien avec la sociologie.

Traduttore, traditore

Une réflexion proposée par

En 1938, Freud et sa famille quittent précipitamment Vienne après l’Anschluss. En s’installant à Londres, Freud éprouve vivement la douleur d’avoir quitté son pays.

Il évoque « la perte de la langue dans laquelle on a vécu et pensé, et qu’on ne pourra jamais remplacer par une autre. »

Exil contraint, donc. Mais ce moment inaugure aussi l’internationalisation de la psychanalyse et place, forcément, au centre une question qui n’est jamais très loin : la traduction, et son inséparable compagne, l’interprétation.

Pas d’histoire sans écriture, et pas d’histoire non plus sans la traduction qui transporte l’écriture depuis des millénaires, depuis les cunéiformes sumériens le long des grands axes de communication entre cités. L’un des récits fondateurs de notre culture occidentale condense cette idée : la tour de Babel. On en retient la leçon : il n’existe pas de langage universel, et surtout pas de monde commun possible sans passer par l’étape de la traduction, seul moyen d’ordonner le chaos de la dissémination, de réparer la catastrophe.

On peut même envisager que la traduction est encore plus fondamentale : en effet elle n’arrive pas après la langue. Elle est déjà active dans la langue elle-même. Dès qu’un sujet parle, il doit transformer, choisir, déplacer. Il traduit ce qu’il éprouve en mots : affects, images, intentions deviennent un son communicable.

Pour Octavio Paz, « apprendre à parler, c’est apprendre à traduire. »

Toute parole humaine est déjà une traduction d’un affect, d’un corps, d’un souvenir, d’un silence. Et ce n’est pas donné : cela s’apprend. Qu’une émotion correspond à un mot, que telle façon de dire conviendra ici et échouera ailleurs. Traduire, c’est choisir : choisir un mot plutôt qu’un autre, une image plutôt qu’une autre. Et c’est là que commence le véritable problème : non pas la possibilité, mais la manière. Comment dire ?

Littéralité et littérarité : une tension qui ressemble à la séance

D’emblée, une tension se manifeste entre la littéralité (fidélité au mot, à la syntaxe) et la littérarité (style, créativité, dimension poétique). Cette tension ressemble beaucoup à celle qui traverse l’interprétation en psychanalyse. En séance, nous sommes pris dans une tension analogue : d’un côté, rester au plus près de la lettre de ce qui est dit, les mots exacts, les lapsus. De l’autre, rendre ce matériau audible et partageable, le reformuler, le relier, le replacer dans un récit. L’interprétation réussie se tient rarement à un seul pôle : elle circule entre fidélité à la lettre et invention d’une forme qui fait sens pour le sujet.

On peut ajouter, dans une perspective philosophique, que toute énonciation est située, incarnée : il n’y a pas de langage en dehors d’un point de vue. Le perspectivisme (dans son expression la plus saillante avec Nietzsche) supporte l’idée qu’il n’existe pas de vérité absolue, mais des interprétations qui sont des points de vue sur le monde, des Weltanschauungen. En traduction, le contexte détermine le sens avant tout autre chose ; le choix d’un mot est une perspective parmi d’autres. Pour l’interprétation analytique, c’est pareil : même émis par un sujet unique, le mot n’est traductible qu’en fonction d’un contexte, d’un socle culturel commun, d’un ensemble de valeurs, de symboles, d’un espace d’échange cadré et, finalement, de notre capacité à reconnaître en l’autre une vision du monde à laquelle nous pouvons nous accrocher. Traduire devient alors une manière d’entrer dans l’univers de l’autre sans prétendre le réduire au nôtre.

Bion disait : « ce n’est pas la réussite de la construction de la Tour de Babel, mais son échec, qui fait naître et nourrit l’énergie pour vivre, pour croître, pour prospérer. »

La question peut alors se formuler ainsi : quels ponts construire entre les deux pratiques interprétatives que sont la traduction et la psychanalyse ?

Quelques théories de la traduction

Toutes les théories de la traduction naissent d’un dilemme : l’équilibre toujours précaire entre fidélité et transformation. Traduttore, traditore (jeu de mots italien qui circule vers le XVIe siècle) condense la problématique : traduire, c’est trahir. Mais trahir quoi ? Babel raconte un monde d’avant la dissémination, où les hommes parlaient une même langue.

Walter Benjamin décrit la tâche du traducteur comme ce qui ne doit pas viser à reproduire un sens fixé, mais à révéler une langue pure, un arrière-fond commun, une affinité originaire. On peut faire l’hypothèse que le mythe d’une langue d’avant Babel fait écho au fantasme d’un accès direct à l’inconscient. Mais ce mirage peut faire oublier la mission concrète du traducteur : non pas révéler un trésor perdu, mais s’embarquer dans un travail très précis que les premiers théoriciens ont tenté de baliser.

Depuis l’Antiquité, deux figures incarnent ce débat : Cicéron pour l’ad verbum (mot à mot) contre saint Jérôme pour l’ad sensum (sens pour sens). Le débat, toujours actuel, répond à une question : faut-il être fidèle à la lettre ou à l’esprit ?

Au XIXe siècle, Schleiermacher pose deux options : soit on accompagne le lecteur vers l’auteur (traduction étrangéisante), soit on amène l’auteur vers le lecteur (traduction naturalisante). Ces pôles sont irréconciliables, mais leur tension est productive, et elle se transpose bien en psychanalyse. Étrangéiser, c’est laisser circuler les mots, les images, les néologismes, les répétitions, les silences, la syntaxe affective et la polysémie de l’analysant, sans normaliser ; interpréter au plus près du signifiant plutôt que du message. Naturaliser, c’est rapprocher ce qui est dit d’une langue témoin : cadre théorique, repères conscients recevables, reformulation rationnelle (relier, clarifier, nommer).

Au XXe siècle, Jakobson étend le champ. Il distingue trois formes : intralinguale (reformuler dans la même langue), interlinguale (traduire d’une langue à une autre) et intersémiotique (traduire d’un système de signes à un autre : rêve en récit, symptômes somatiques en mots, texte en image, romans adaptés en films). Ce dernier type est crucial en psychanalyse : il parle des passages, des transpositions, des transferts de sens entre registres réels, imaginaire et symbolique. Il permet d’élargir l’idée de traduction à toute opération où l’on passe d’une forme à une autre : comprendre, c’est déjà traduire.

Encore faut-il prendre un risque. Car ce qui est étranger fait peur. Le traducteur doit assumer l’inconfort de celui qui s’aventure en territoire inconnu. Antoine Berman parle de la traduction comme d’une épreuve de l’étranger : se confronter à une langue autre, qui résiste et dérange. La tentation est de normaliser, de réduire l’étrangeté à notre point de vue. L’enjeu, au contraire, est de maintenir la résistance de l’autre langue. En psychanalyse, c’est respecter l’altérité : accepter l’autre comme un autre que soi et s’ouvrir à la possibilité d’apprendre autrement.

Barbara Cassin ajoute un élément décisif : il existe des intraduisibles. Non pas des mots impossibles à traduire, mais des mots qui résistent, obligent à repenser les équivalents, à inventer des détours.

« L’intraduisible, c’est ce qu’on ne cesse pas de traduire. »

Il existe un sens à remettre sans cesse sur le métier, qui émerge dans l’assemblage.

Un exemple rend cela très concret : le verbe anglais to enable. Traduire par « permettre » ou « rendre possible » reste souvent insuffisant, parce que enable contient capacité, mise en condition, autorisation, habilitation, pas seulement donner la permission, mais aussi créer les conditions pour que quelque chose advienne. Le français n’a pas un seul verbe qui rassemble ces strates. On est loin d’un simple problème de vocabulaire : un intraduisible devient productif, il force à choisir donc à interpréter. On en vient à proposer un néologisme, « potentialiser », non comme calque mais comme invention : nommer le geste par lequel on augmente le champ du possible chez quelqu’un, on ouvre une puissance latente, on rend une action psychiquement praticable. Cliniquement, cela devient un outil : le bon terme n’est pas celui qui équivaut parfaitement, mais celui qui déplace le sujet, relance l’association, rend pensable. L’intraduisible ne signale pas une impasse ; il signale un passage où la pensée doit travailler, et où traduction et interprétation se rejoignent.

Traduction et psychanalyse : transmission, controverses, méthode

Pour la psychanalyse, la traduction est une condition de transmission : née en allemand, elle est devenue mondiale en se traduisant. Et ce passage n’est pas neutre : il fabrique des écoles de pensée, des concepts. Les processus psychiques décrits par Freud (choisir, déplacer, condenser, reformuler, perdre, compenser) sont analogues aux opérations du traducteur : produire une version, partielle, située, nécessairement infidèle. En séance, la reformulation est un miroir textuel par lequel l’analysant entend parfois ce qu’il n’avait jamais entendu, et cela crée les conditions d’un nouvel éclairage, d’une nouvelle perspective, d’un sens remis en mouvement.

Ce mouvement est aussi celui de Freud, dont les textes passent de l’allemand technique à une langue plus narrative. La psychanalyse française s’inscrit dans ce glissement vers une approche plus dynamique, en décalage avec la terminologie anglaise des premières traductions de Brill. La traduction peut être un espace de création, mais aussi un outil de détournement : la transmission d’une pensée passe par des choix linguistiques, politiques, théoriques, et l’histoire de la psychanalyse est riche de débats autour du choix des mots.

Quelques controverses illustrent cela : Trieb (instinct en anglais, pulsion en français), Es/Ich/Über-Ich (id/ego/superego vs ça/moi/surmoi), Nachträglichkeit (deferred action vs après-coup). À chaque fois, un choix terminologique engage une théorie et une manière d’écouter : là où le glossaire anglais tend à renforcer la structuration scientifique, les vocables français soutiennent plutôt l’expression narrative et dynamique de la vie psychique.

Freud lui-même rapproche explicitement rêve et traduction. Dans le chapitre 6 de L’interprétation du rêve (le travail du rêve) :

« pensées de rêve et contenu de rêve s’offrent à nous comme deux présentations du même contenu en deux langues distinctes […] »

Le contenu du rêve apparaît comme un transfert des pensées de rêve en un autre mode d’expression, dont il faut connaître les signes et les lois par comparaison de l’original et de sa traduction. Le rêve est déjà une traduction (désir inconscient en images, représentabilité, condensation, déplacement). L’analyste ne fait pas une interprétation directe, mais une re-traduction.

En pratique, l’analyste est comme le traducteur : entre deux mondes, deux langues, deux inconscients. Il capte un discours déformé et cherche un passage possible, sans réduire la polysémie. Cela implique aussi le rythme, l’oralité, l’intonation : une interprétation juste ne tient pas seulement au contenu, mais à la manière dont elle advient et résonne. Chaque langue donne accès à un point de vue, une photo du monde ; le travail analytique consiste à passer d’une image à l’autre sans effacer l’écart : une éthique du perspectivisme, contre l’univoque.

Enfin, Steiner et Besse proposent des repères utiles : Steiner distingue traduction littérale, translation (fidèle mais autonome), imitation/recréation ; et Henri Besse, dans la translation, distingue encore traduction didactique, pragmatique, poétique. Trois niveaux qui peuvent éclairer la complexité des interprétations analytiques (technique conceptuelle, acte de parole cadré, et accueil du sens comme co-création partielle).

Conclusion : fabriquer du sens

Deleuze et Guattari rappellent eux-aussi que traduire, c’est trahir, au sens où traduire, c’est déplacer, déterritorialiser, faire surgir autre chose. Il ne s’agit pas d’un risque moral, mais d’une condition structurelle. La question devient : dans quelle mesure la trahison est-elle féconde ? L’interprétation analytique n’est pas restitution d’un sens perdu ; elle est création d’un sens nouveau à partir de ce qui résiste. L’exemple enable/potentialiser illustre ce détour créatif. L’intraduisible oblige à penser, à inventer des voies latérales.

En clinique, l’intraduisible surgit dans les silences, les affects bruts, le corps qui parle à la place des mots. Le transfert aussi est un texte polyglotte : des énoncés anciens rejoués dans le présent. L’analyste doit lire entre les dires, entre passé et présent, entre mots et gestes, entre énoncé et indicible. Comme le traducteur, il se met au service d’un sens jamais totalement maîtrisable : accepter l’échec, l’approximation, comme condition de l’énonciation interprétative. C’est une tâche artisanale qui consiste à fabriquer du sens plutôt que forcer la traduction au nom de l’efficience.

Traduire, ce n’est pas seulement dire autrement : c’est écouter autrement. Comme l’interprétation analytique, c’est une activité d’hospitalité de l’altérité, un décentrement, avec en tête l’objectif de participer à la présentation d’un sujet à lui-même. La cure ouvre un espace où plusieurs versions de soi, plusieurs récits, plusieurs langues peuvent coexister. Psychanalyse et traduction : deux pratiques de passage, deux ponts, et l’écart entre les rives n’est jamais l’espace de l’erreur, mais la condition même de la rencontre.

Bibliographie
  • James George Frazer, Folk-Lore in the Old Testament.
  • Octavio Paz, Traducción: literatura y literalidad.
  • Wilfred Bion, All my sins remembered. The other side of genius.
  • Walter Benjamin, Die Aufgabe des Übersetzers.
  • Friedrich Schleiermacher, Über die verschiedenen Methoden des Übersetzens.
  • Roman Jakobson,On Linguistic Aspects of Translation (art.).
  • Antoine Berman, L’épreuve de l’étranger.
  • Barbara Cassin, Vocabulaire européen des philosophies.
  • George Steiner, After Babel: Aspects of Language and Translation.
  • Henri Besse, Les techniques de traduction dans l’étude des langues au XVIIIe siècle (art.).
  • Gilles Deleuze & Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie I, II.

Aux origines de l’émotion

Une réflexion proposée par

Le sujet ne parle jamais tout à fait seul : d’autres voix, d’autres pertes, d’autres peurs résonnent en lui.

Dans le langage courant, les émotions et les états mentaux sont souvent abordés comme des phénomènes immédiats : tristesse, angoisse, colère, honte ou sentiment de vide envisagés comme des réactions spontanées à des circonstances présentes. Envisageons une autre hypothèse : ce que nous éprouvons consciemment ne constitue que la face la plus récente d’une organisation beaucoup plus ancienne, plus vaste et plus stratifiée. L’expérience subjective du monde est toujours déjà parcourue par des couches de mémoire, de transmission, de symbolisation et d’adaptation qui dépassent largement le sujet situé.

Une telle perspective invite à penser l’affect non comme un simple événement psychique ponctuel, mais comme le point d’émergence d’une profondeur historique et archaïque. En ce sens, toute émotion consciente peut être comprise comme l’expression actuelle d’une sédimentation complexe où se superposent l’histoire personnelle, l’éducation parentale, les transmissions transgénérationnelles, les cadres culturels, les mythes collectifs et, plus profondément encore, les traces très anciennes de la vie relationnelle et de la survie du vivant social.

La première strate de cette organisation est celle de l’époque. Aucun sujet ne souffre hors d’un monde donné. Les formes contemporaines d’angoisse, de fatigue ou de honte portent la marque de l’air du temps : le zeitgeist teinté d’un culte de la performance, accélération, injonction à l’autonomie, exigence de visibilité, précarité des repères symboliques. Ce que le sujet nomme aujourd’hui stress, charge mentale, ou burnout n’est pas indépendant des conditions historiques dans lesquelles il vit. Déjà, la phénoménologie et l’analyse existentielle ont montré que le rapport à soi est indissociable d’un rapport au monde : il n’existe pas de psychisme isolé de son horizon d’existence. On pense ici à Binswanger pour l’attention portée aux formes historiques de l’existence vécue.

Vient ensuite la couche éducative et familiale. L’enfant n’apprend pas seulement des règles ; il intériorise une tonalité du monde. À travers les paroles reçues, les silences, les interdits, les permissions, les réactions parentales à la dépendance, au corps, à la colère ou à la peur, il se forme peu à peu une certaine idée de ce qu’il est autorisé à ressentir et à devenir. Freud a montré combien les conflits infantiles, les identifications et les compromis psychiques façonnent durablement la vie affective. Mélanie Klein, Winnicott ou encore Bowlby, chacun dans un registre différent, ont insisté sur la manière dont la qualité des premiers liens modèle les expériences de sécurité, d’intrusion, d’abandon ou d’effondrement. Ainsi, un état émotionnel actuel n’est jamais détachable du style relationnel dans lequel le sujet a appris, très tôt, à exister avec l’autre.

À cette dimension s’ajoute celle de la transmission générationnelle. Le sujet hérite non seulement de traits éducatifs, mais aussi d’affects, de loyautés, de deuils inachevés, de peurs et parfois de missions implicites. La clinique contemporaine a largement montré que certaines angoisses paraissent excéder la biographie manifeste du patient. Elles prennent sens lorsqu’on les rapporte à une histoire familiale plus large, faite de secrets, d’exils, de ruptures, de traumatismes ou d’idéaux rigides. Les travaux de Nicolas Abraham et Maria Torok, comme ceux d’Anne Ancelin Schützenberger, ont souligné que la vie psychique se constitue aussi à partir d’éléments non métabolisés transmis à travers les générations. Le sujet ne parle donc jamais tout à fait seul : d’autres voix, d’autres pertes, d’autres peurs résonnent en lui.

Mais l’histoire subjective ne se limite pas à la famille. Elle s’inscrit dans une culture. Les représentations du masculin et du féminin, du bien et du mal, du corps, de la faute, de la réussite, de la mort, de la filiation ou du sacré donnent aux émotions leurs formes socialement lisibles. L’anthropologie a montré depuis longtemps qu’il n’existe pas d’affect humain en dehors de médiations symboliques. Lévi-Strauss a insisté sur la puissance organisatrice des systèmes symboliques ; Geertz sur l’épaisseur culturelle dans laquelle prennent sens les conduites humaines. De ce point de vue, une honte n’est jamais purement individuelle : elle est toujours aussi l’effet d’un regard social intériorisé. Une angoisse peut être psychique, mais elle emprunte des langages et des images disponibles dans un univers collectif donné.

Le nourrisson est d’abord plongé dans un monde de communication non verbale où se joue quelque chose de décisif : se sentir contenu ou non, apaisé ou non, reconnu ou non.

C’est à ce niveau qu’intervient également la fonction des mythes. Les mythes des origines, les grands récits de chute, de séparation, de meurtre, de faute ou de fondation condensent sous forme narrative des structures affectives fondamentales. Ils offrent à l’humanité des schèmes pour penser ce qui, autrement, demeurerait informe : la perte, la rivalité, la dépendance, la violence, la mort, l’interdit. Jung a vu dans les images mythiques l’expression de motifs universels de la psyché ; Hillman a prolongé cette lecture en pensant la vie psychique comme irréductiblement imaginale. Les mythes constituent une médiation essentielle entre l’archaïque et le pensable.

Plus profondément encore, il faut considérer les niveaux préverbaux de l’expérience. Avant les mots articulés, il existe déjà des rythmes, des intonations, des gestes, des postures, des proximités, des retraits. Le nourrisson est d’abord plongé dans un monde de communication non verbale où se joue quelque chose de décisif : se sentir contenu ou non, apaisé ou non, reconnu ou non. C’est là que se forment des expériences primaires de continuité, de discontinuité, de présence et d’absence. Winnicott parlait d’intégration progressive et de crainte de l’effondrement ; Bion, de la capacité maternelle à transformer des expériences émotionnelles brutes en éléments pensables. Cela signifie qu’à la racine de nombreux états mentaux actuels se trouvent non pas des idées, mais des éprouvés corporels et relationnels très anciens.

En suivant encore cette archéologie, on atteint une strate plus fondamentale : celle de l’humanité ancienne, du groupe, du clan, des premiers liens communautaires structurés par la survie. Le besoin d’appartenance, la peur d’être exclu, la sensibilité extrême au rang, au regard du groupe, à la menace extérieure ne relèvent pas seulement de l’histoire individuelle ; ils prolongent aussi une mémoire du vivre-ensemble. L’être humain est un être social, et une partie de son expérience émotionnelle reste organisée autour de problématiques très anciennes de protection, de coopération, de hiérarchie et de désaffiliation.

On découvre ici la dernière strate : la couche la plus profonde de l’expérience psychique pourrait être rapportée à l’héritage très archaïque de nos lointains ancêtres primates. Non pas au sens d’une réduction biologisante de la psyché, mais au sens d’une continuité évolutive, d’une mémoire incorporée de la vulnérabilité relationnelle. Avant même les constructions symboliques conceptualisées, la vie affective s’est probablement organisée autour de polarités élémentaires : proximité ou séparation, sécurité ou menace, cohésion ou désorganisation, inclusion ou rejet. Les émotions humaines les plus sophistiquées continuent d’être traversées par ces schèmes premiers. La peur d’être abandonné, l’angoisse d’effondrement, la panique devant l’exclusion ou la détresse face à la perte du lien peuvent être comprises comme les formes hautement élaborées d’un fond archaïque lié à la survie du vivant social.

On retrouve ici, sous des langages différents, plusieurs grandes intuitions convergentes : chez Freud, avec la détresse originaire ; chez Rank, avec le traumatisme de la naissance ; chez Klein, avec les angoisses de persécution et de morcellement ; chez Winnicott, avec la crainte de l’effondrement ; chez les existentialistes, avec la vulnérabilité constitutive de l’existence humaine. Toutes ces approches suggèrent qu’au fond de l’expérience subjective se tient une fragilité première : l’être humain ne coïncide jamais pleinement avec lui-même, il dépend d’autrui pour se constituer, il demeure exposé à la séparation, à la perte, à la finitude.

L’enfant n’apprend pas seulement des règles ;
il intériorise une tonalité du monde.

Ainsi, les émotions conscientes ne sont pas de simples réactions de surface. Elles sont des formations de compromis entre le présent vécu et une profondeur stratifiée faite d’histoire familiale, de transmission collective, de culture, de mythes, de mémoire corporelle et d’archaïsmes hérités du vivant social. Comprendre une angoisse, une honte ou un sentiment de vide suppose donc de lire en elles non seulement une circonstance actuelle, mais aussi la réactivation de couches beaucoup plus anciennes.

La tâche clinique consiste précisément à accompagner ce mouvement de lecture. Non pour réduire chaque émotion à une origine unique, mais pour reconnaître qu’en toute expérience humaine se nouent plusieurs temps à la fois. Le sujet contemporain parle avec ses mots d’aujourd’hui, mais il parle aussi avec ses parents, avec ses ancêtres, avec sa culture, avec les récits fondateurs de l’humanité et, plus loin encore, avec cette mémoire archaïque du vivant qui a traversé les âges jusqu’à lui. L’inconscient apparaît alors non comme un simple réservoir de contenus refoulés, mais comme une profondeur sédimentée de l’expérience humaine elle-même.

Le bénéfice d’une telle lecture est flagrant : élargir l’analyse du symptôme, de l’angoisse ou du conflit psychique en les resituant dans une profondeur plus vaste que la biographie manifeste. Elle ouvre à une articulation féconde entre inconscient individuel, transmission, anthropologie et conditions primitives de l’existence.

Il faut recoudre…

Coudre, recoudre, découdre
Structurée, déstructurée,
Folle de mode, folle du monde
Savoir, détenir, avoir
Laisse tout cela sur le chemin !
Lève la tête et regarde au loin !
Les coutures lustrées par le temps lâchent
Les tissages serrés s’effacent
Le visage lumineux,
Les épaules droites
les regards au loin
je vois pour la première fois
Premiers pas comme ceux d’un enfant
Hésitants et pleins de doutes
Mais cette fois je sais
en tournant la tête
Je ne suis pas seule
Un compagnon est là.

Imaginons, l’espace d’un instant, la rencontre de deux inconscients
Les voici, dans l’écoute du silence, tramant le sens de leur propre présence.

Files de mots en fils de maux, tressées par des cœurs d’hommes mus d’eau
Associant du soin au soi l’asociale, indicible et changeante intimité du vrai
Un temps suspendue, singulière, dans l’écho d’une oreille devenue familière.
Tisseront-ils ensemble une mise au monde ou une mise à mort ?

Réunion des contraires vers l’ouvrage improbable
Et pour autant irremplaçable qu’est l’être en devenir
C’est de cette rencontre que le vide se fait plein et que le trou s’enserre
Ouvrant tant de possibles sous l’auspice du lien
Universellement, l’individu s’éveille à lui-même dans l’autre
Dépassant les limites de sa longue solitude
Reflétée dans l’étant d’une psyché vivante
Enfin réconciliée au “je(u)”.

Il faut recoudre, d’Élise Levinson. Présenté comme étant un poème il m’est plutôt apparu comme une fable. La naissance.

Celle qui perce, transperce et qu’il faut recoudre. La mer placentaire, la mère vidée. Pleine puis peine du vide.
La fable de la première séparation, celle qui déchire les poumons, les chairs et les âmes. Alors il faut recoudre pour se réunifier, se reconstruire, se rapprocher. Mais il faut aussi recoudre pour relier, celui du dehors à celle du dedans puis à tous les autres. Chacun vient poser son point d’attache, que ça soit par la bouche tendue ou le bras enveloppant, le mot d’amour ou de rejet. Autant de liens qui façonnent cette peau dont on ne peut se défaire sans que ça soit mortifère.
Alors le trou est caché mais n’est-il pour autant plus ? La plaie cicatrisée mais visible. Petit trou ou petit bout de peau qui dépasse au mileu corps. Preuve irréfutable qu’à un moment nous étions liés à la vie à la mort.

Une reprise.

Pour le profane, le fil passe rarement du premier coup à travers le chas, il étend un filament mal aligné qui vient buter sur le rebord de l’aiguille, il se plie et résiste au mouvement qui insiste, il ondule, se déporte et glisse sur l’acier sans jamais atteindre la cible. Au départ, ça semblait simple, tellement évident qu’une seule ligne d’instruction suffirait. Mais, les essais se succèdent, les échecs s’accumulent, et chaque fois tout paraît de plus en plus compliqué, le doute et l’impatience troublent la vue, la frustration puis la colère coupent la respiration. La tâche impossible, rejetée sur un coin de table, attendra plus tard.

Le temps passe, justement. Le fil et l’aiguille, recouverts du blouson qu’il fallait réparer, ramassés avec lui dans l’urgence d’un jour de rangement, disparus au fond d’un placard. Qui s’en souvient ? Une vague image, une possibilité qu’un jour ce soit arrivé ? Et pourtant, je n’ai pas oublié. À chaque fois que le temps vire à l’orage, qu’il faut prendre la route par un jour un peu plus froid, un soir un peu plus noir, je cherche encore dans le placard ce vieux blouson que j’aperçois roulé au fond, repoussé. J’en aurais encore besoin, il irait mieux que cette parka neuve qui le remplace, plus confortable, tant porté qu’il tombe sans aucun poids sur les épaules, comme une peau sur la peau, une armure invincible, magique et familière. Et j’y repense, à la raison de sa mise à l’écart : la manche gauche déchirée, déchiquetée, en lambeaux du poignet jusqu’à l’épaule. Le tissu qui n’a pas résisté à l’abrasion, réduit en charpie, l’ouverture béante à hauteur d’avant-bras qui pourrait encadrer au centimètre près la cicatrice sur ma peau. Même si je ne sens plus rien, je me souviens, et l’intensité de la douleur demeure alors comme l’aveuglement qui suit l’éclair.

C’était une pluie d’été sur une route de banlieue, des traces d’essence et d’huile qui s’étalaient et s’irisaient le long des bordures. Le trafic déjà dense se gonflait d’une quantité d’affluents, les taxis en file serrée comme un serpent sans fin avant de passer sous la Tamise par le tunnel. Lorsque le feu passe au vert, je suis en première ligne, je pense déjà à la suite, la jonction vers la côte pour prendre le bateau et traverser jusqu’en France, la longue route du Nord jusqu’aux Alpes, avant la descente vers une autre mer ce soir, bien plus tard. Mon esprit s’évade et court déjà à des centaines de kilomètres d’ici, s’installe beaucoup trop loin. Ça va très vite, ce petit instant d’inattention. C’est presque instantané, la moto dérape à l’avant et tape violemment sur l’asphalte, glisse sur le flanc jusqu’à heurter le trottoir. Moi aussi, j’ai tapé, puis j’ai glissé. En me relevant rapidement pour la relever, pour évacuer la chaussée, je n’ai rien senti. Pour être plus précis, je ne sentais plus rien, je luttais en pilote automatique contre le brouillard cotonneux qui suivait la décharge d’adrénaline. Ce n’est qu’après avoir examiné les dégâts mécaniques, après avoir organisé la prise en charge par téléphone, que j’ai senti une gêne sur mon bras gauche, quelque chose qui n’était pas comme d’habitude. En attendant le dépannage, je suis resté presque une heure sans bouger et la douleur s’est tranquillement installée, diffuse, sourde, par vagues de plus en plus insistantes. À un moment, la fréquence est devenue prévisible, sans surprise. En regardant la manche de mon blouson, je me suis dit que ça pourrait se réparer.

Des années plus tard, ce sont parfois les évènements qui poussent dans un sens ou dans l’autre, des situations dans lesquelles on s’empêtre, des circonstances insolubles qui nous forcent à reconsidérer ce qui semble définitif. Voilà qu’arrive cette journée où je n’ai pas d’autre option : le vieux blouson devient nécessaire, j’en ai besoin pour un trajet urgent, imprévu. Quatre bandes de ruban adhésif font office de réparation, deux pour la doublure intérieure, deux à l’extérieur. Je n’ai pas le temps de recoudre le tissu proprement, je prends la route aussi vite que possible. Sur l’autoroute, le vent claque sur ma manche, écrase l’adhésif contre mon bras, s’écoule autour de cette nouvelle membrane plus fine que le reste du vêtement, et la peau en contact redevient sensible. Je me rassure, je me dis que, probablement, on ne tombe pas deux fois au même endroit. Et le souvenir de l’accident s’envole avec le vent, comme un ciel de traîne après l’orage.

Ma minuscule arme de métal passe à travers le textile sans résistance. Mes proches m’ont dit qu’elle n’en valait pas la peine, mais j’y tiens. Peut-être puis-je ajouter quelques broderies pour rattraper le coup ?
Mon aiguille manque de faire un nœud avec le fil de lin. Claquant la langue, j’ajuste mes coudes sur le bureau pour exposer le linge à un rayon doré, qui s’insinue timidement à travers la seule fenêtre de la chambre. La robe est ruinée… Non seulement ma chute l’a déchirée et mon ami l’a empirée en renversant son vin dessus… Et je suis la seule idiote à des kilomètres à la ronde qui passe une matinée ensoleillée à tenter — vainement, cela va de soi — de la sauver.
Ce vêtement est un souvenir que j’ai acheté par mes propres moyens, une des premières choses que je me suis offerte de moi à moi-même. Je voulais profiter de mon espoir de le secourir pour me découvrir un talent caché pour la couture… Mais ce fut un énorme « non » du destin. Force est de constater au bout d’une demi-heure que j’ai empiré la chose.
J’abandonne…
Un jet l’envoie droit dans ma poubelle. Le bruit sec sonne le glas de mon échec couturier.
— De toute façon, je dois y aller…
De toute manière, aurais-je osé le remettre une fois que je l’aurai retapé ?
Non…
Finalement, mes proches avaient raison ; cela n’en valait pas la peine.


À la fin de la journée, je me sens stupide. J’ai osé parler de ma vaine tentative à mes collègues. Mauvaise idée. Quand ils ont appris que j’avais gaspillé ma matinée à cela, j’ai pu analyser les différentes formes d’hypocrisies de l’humanité.
Entre ceux qui m’expliquent qu’ils rattrapaient n’importe quoi en un rien de temps car ils sont experts, ceux qu’il veulent me donner des conseils en couture pour étaler leur savoir car c’est un de leurs « passe-temps », ceux qui veulent me donner des conseils sans rien y connaître, ceux qui trouvait cela stupide car ils avaient l’argent de racheter la même robe deux fois, ceux qui n’en avait rien à faire et enfin ceux qui t’observent avec des grands en demandant ; « ah bon, tu as essayé ça ? » comme si c’était l’avènement de l’année, je ne me suis trouvée que trois options de réponses : les regarder silencieusement, faire semblant en hochant la tête ou afficher un air blasé.
Le soir en rentrant chez moi, je fixe ma poubelle avec un regard noir.
Et puis merde !
J’extirpe ma robe de là et prends ma caisse à couture. Des feuilles et un crayon, je dessine, les plans.
Retirer les manches pour enlever les taches de vin.
Enlever le col rond, faire un bustier.
Mettre des broderies à la ceinture pour couvrir le trou.
Une fois décidée, je me redresse. À la lampe de chevet qui perce le noir, je suis satisfaite.

— Eh bien, voilà.


Quand on me demanda d’où elle venait, je répondis :

— Je ne sais pas.

La Trame des Jours

Sous le regard brillant de la fine aiguille,
Le tissu s’abandonne et doucement se plie.
On trace à la craie, d’un geste décidé,
Les contours d’un rêve qu’il faudra façonner.

Le mètre-ruban enlace les épaules,
Mesurant le temps qui joue bien des rôles.
Puis les ciseaux entrent, d’un cri sec et franc,
Séparer le possible du simple néant.

Vient l’heure du bâti, ce lien provisoire,
Où l’on esquisse enfin le début d’une histoire.
Les épingles de verre, en sentinelles d’acier,
Retiennent les doutes sur le patron de papier.

La machine s’éveille, son rythme est un battement,
La canette dévide son cœur patiemment.
Une piqûre droite, un point d’arrêt solide,
Pour que jamais la vie ne devienne trop vide.

On ouvre les coutures au fer bien brûlant,
On dompte le biais, ce courant changeant.
Les surfils s’emmêlent comme des souvenirs,
Empêchant le passé de trop vite s’ouvrir.

Et quand vient la finition, le dernier ourlet,
L’ouvrage se révèle, parfait ou imparfait.
Car au bout de la soie ou du rude coton,
C’est soi-même qu’on coud, avec application.

Attentifs, ensemble…

Une réflexion proposée par

L’attention, valeur ou marchandise ?

Dans une interview donnée en mai 2004 pour le livre Les dirigeants face au changement, Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, confiait, non sans un certain cynisme, que le métier de son entreprise était de vendre « à Coca-Cola […] du temps de cerveau humain disponible ». Cette phrase qui lui valut de vives critiques n’en décrivait pas moins avec une lucidité désarmante la réalité de ce pour quoi nous nous trouvons bien souvent en lutte dans l’espace social autant que dans l’intime de la relation à soi : l’attention.

Au fil du désir

Qu’il s’agisse, comme semblent le promettre les pratiques de la pleine conscience, de revenir à soi ou, dans le registre de la communication interpersonnelle, d’obtenir l’écoute et la considération d’un autre, l’attention est le fil dont est tissé la continuité de notre rapport au monde. Qu’elle nous fasse défaut, de notre fait ou de celui de l’autre, et notre « monde » sera décousu, désordonné, déplacé. Qu’elle soit bien posée et nous rejoignons l’expérience d’une certaine fluidité. 

À quelle adresse ?

Dans la tradition homérique, c’est à l’homme qu’il revient d’assurer son intégration dans un ordre du cosmos préalablement établi par les dieux. Quand il s’y refuse, à la faveur du symptôme, par exemple, sa « maison » s’affecte de désordre. Ses défenses auront beau jeu de distribuer les reproches, de voir dans ce désordre la conséquence d’un débordement de l’autre qui fait fuiter son attention, de nier sa propre responsabilité à s’être laissé déborder, disperser, détourner de son désir c’est à lui que revient au final la responsabilité de ce qu’il en fait.

« Notre attachement à voir l’attention prisonnière et à dénoncer les mécanismes de cet emprisonnement ne nous fait-il par perdre de vue l’essentiel, à savoir notre capacité à porter attention de plus près à notre attention elle-même, à la manière dont nous pouvons nous intéresser aux choses qui nous intéressent ou dont au contraire nous en sommes détournés ? » écrivais-je dans un article sur le même thème paru en pleine crise du Covid (2021) dans l’ouvrage collectif Ecosystémix (1). J’y traitais alors de l’attention que nous portions et de l’importance de cultiver une « aptitude à nous concentrer malgré [nos] distractions sur un objet initialement choisi ». Je voudrais à présent en explorer l’autre versant : celui de l’attention qui selon nous nous est portée ou du moins que nous estimons juste ou désirable d’obtenir.

Vacance et responsabilité

Dans son film de 1994 Coups de feu sur Broadway, Woody Allen se met lui-même en scène comme écrivain raté dont le talent réel n’aurait d’égal que l’ignorance tenace qu’il reçoit de ses pairs et de la critique littéraire. Cette attention qu’il n’obtient pas d’eux prend une valeur identitaire à la faveur d’un curieux renversement de sens. De fait, l’attention que nous recevons des objets qui comptent pour nous n’est pas toujours le reflet des qualités – d’attention – que nous leur avons témoigné. Tel est le drame courant de la scène amoureuse, de la difficulté à trouver sa place dans la frérocité compétitive des fratries, de la reconnaissance impossible dans le monde social, par la nature même des institutions que nous y investissons. Le Fernando Pessoa derrière le pseudonyme de Bernardo Soarès, malgré son immense talent, sera resté toute sa vie banquier. La prolifique liste d’hétéronymes que Pessoa s’attribua au fil de son existence d’auteur témoigne bien d’une difficulté parfois pleinement assumée de s’intégrer dans un fil de continuité quand l’attention de l’autre nous fait défaut, quand ce que je veux vivre, je ne le vis pas (2).

Les catégories de régimes attentionnels proposées par le sociologue Dominique Boullier (3) illustrent bien sur ce champ la manière dont nous pouvons alors tenter d’obtenir l’attention de l’autre en usant consciemment ou non des mêmes procédés que ceux par laquelle notre attention a été obtenue : 

Qui des courriers d’alerte infertiles de cette patiente parentisée par ses proches pour préserver sa place protégée de cadette alors qu’elle se trouve propulsée au rang d’ainée de substitution suite au décès de sa sœur ?

Qui de cet autre patient, en tension avec sa compagne, poussant jusqu’à l’épuisement ses efforts pour la fidéliser dans l’attachement malgré l’empiètement permanent de sa belle-famille ?

Qui, encore, du débord agité de cet homme multipliant jusqu’à l’humiliation servile les projections à deux pour retenir à ses côtés une amitié qui lui est chère ?

Qui, enfin, de cette femme, reproduisant l’immersion de sa vie et celle de ses proches dans une suite ininterrompue de drames passionnels par lesquels elle cherche à se maintenir au centre d’une attention tout en ne parvenant qu’à s’y trouver satellisée ?

Telles sont autant de tentatives qui viennent se déposer sur le divan face à l’impossible obtention d’une attention de l’autre. Cette longue liste pourrait être déclinée en autant d’exemples singuliers. Elle dit bien l’aveu d’échec si universellement partagé de nos vies à être reçues à l’endroit de notre désir. Mais ce qu’elle ne dit pas, ce sont les deux questions que nous refusons de nous y poser.

La question de l’adresse, tout d’abord, de ce « qui » dont nous espérons l’attention, qu’il s’agisse d’un père, d’un amant, d’un lectorat, d’une institution pourtant bien incapable par sa nature de porter attention à qui que ce soit. Qui est cet autre, cet objet externe que nous avons investi d’un pouvoir de satisfaction de notre désir supposé ? Quelle est la réalité de la place singulière de cet objet au point qu’elle nous fasse ignorer toute l’attention que nous donnent déjà par ailleurs tant d’autres présences que nous avons rangées dans notre ordinaire ? Quand François Jullien nous parle de l’intime, quand Boris Cyrulnik contraste lien d’attachement et amour, ils ne font rien d’autre que de nous renvoyer à la différence entre ce qui brûle – auquel nous portons notre attention de papillon – et ce qui dure que trop souvent, nous ignorons à l’avantage du premier. Parce que notre attention suit le chemin du manque, et non celui du familier, de l’apparemment captif, du quotidien.

Vouloir quoi ?

Pour Adam Phillips (4), reprenant une réflexion de Freud sur l’opposition entre instinct et civilisation, la psychanalyse est une deuxième chance que les gens se donnent pour savoir ce « qu’ils peuvent faire » avec le constat que « nous voulons bien plus que ce que nous pouvons avoir [dans la culture] ». N’est-ce pas tant de cet autre alors dont nous attendons l’attention que de cette part d’instinct en nous-mêmes qui ne se sent vivante que dans le désir de ce que nous n’avons pas ? Et de ce que, bien souvent, nous n’obtiendrons pas. Comme le disait avec désinvolture le dramaturge Georges Bernard Shaw « il y a deux tragédies dans la vie. L’une est de ne pas obtenir ce que l’on désire ardemment. L’autre est de l’obtenir. »

Mais ce même auteur nous invitait aussi à faire « en sorte d’obtenir ce que [nous aimons] », sous peine de rester « forcés d’aimer ce que [nous obtenons] ». C’est là que la vente de « temps de cerveau humain disponible » dont TF1, parmi tant d’autres, a fait son affaire vient rejoindre la seconde question à laquelle nous tentons d’échapper : celle de notre responsabilité. Celle d’avoir fait vacance de notre désir en nous laissant croire qu’il était fondamentalement de même nature que le désir du striatum manipulé par les publicitaires. Adam Phillips parle de « vacances de l’attention » (vacancies) au double sens de vide et disponibilité. Selon lui « nous sommes plus grégaires, plus sociables, plus susceptibles d’être en lien les uns avec les autres que nous n’en sommes conscients ou que nous voulons le reconnaître » (5). Cette vacance est ce qui nous fait désirer non pas ce que nous désirons vraiment – ce qui finalement se profile dans le manque -, mais ce que d’autres désirent, ce qui a été rendu désirable par le social. Nous désirons par exemple dans le sens de l’anima ou de l’animus jungiens selon des projections archétypales qui nous précèdent, et disent juste l’histoire humaine de la rencontre avec les figures d’un autre désirable. C’est peut-être cela l’ordre prédisposé par les dieux auquel il nous reste à nous intégrer. Que faire alors quand cet autre archétypal est teinté de négativité, de l’autoritarisme écrasant d’un père tenu comme bon par nature malgré sa réalité violente, de l’intensité critique d’une mère jugeante dont l’amour maternel indéfusionnable n’est que façade à l’empiètement ?

C’est là, sans doute, le plus grand défi de l’attention telle qu’elle peut se porter dans l’association libre : restaurer par le jeu et la pensée la possibilité d’une distance à soi, d’un espace analytique qui laisse entrevoir la réalité du désir au-delà de l’expérience du vide. Qu’est-ce que je veux vraiment quand je répète l’empêchement ? N’est-ce pas justement l’empêchement dont j’ai fait mon désir, pour ne jamais avoir ce que je veux, et dont il me faudrait alors faire quelque chose ?

L’ivresse des grands espaces

On peut entendre le vide comme une angoisse face à la réactivation d’un manque, d’une absence. Mais ne peut-on pas imaginer aussi un vide plein, qui viendrait percer précisément la nature illusoire de cette angoisse et des attachements qu’elle masque ? Dire d’une expérience, en méditation comme dans l’espace analytique, qu’elle a la nature du vide, ce n’est pas la nier ou la réduire, mais au contraire ouvrir la possibilité de notre liberté avec elle. Il m’est souvent proposé que le silence serait la principale conquête du travail analytique, mais que penser alors d’un silence rigide, non vide, qui serait pris comme prétexte des répétitions de nos névroses ? Un silence qui excuserait toute fixité dans une apparente déconstruction parce que c’est ainsi, parce qu’au fond il n’y aurait pas de penseur pour prendre la responsabilité de nos pensées ? Peut-être, pour reprendre les mots de Mark Epstein au sujet de l’espace méditatif qu’il s’agirait plutôt de revenir sur le sens vécu de ce « Je » qui parle et qui pense désirer, de « rediriger notre attention et notre agressivité de l’objet décevant vers le sujet mal perçu », de « permettre la pleine exploration des caprices [auxquels nous soumettent] nos émotions, tout en questionnant en permanence l’identification implicite que nous en faisons et qui parfois empêche toute profondeur d’investigation ». Pour ne pas se réduire finalement à n’être qu’un temps de cerveau humain disponible pour les Coca-Cola de notre existence, ne faut-il pas finalement se poser la question du sujet : à quoi est-ce que je veux me rendre disponible ? Ne s’agit-il pas de vivre la vacance comme un moyen plutôt que comme une fin ?

Loïc Déconche

  1. Ecosystemix : une approche et des compétences écosystémiques des entreprises humaines, ouvrage collectif sous la direction d’Eva Matesanz, aux éditions de l’Harmattan.
  2. Pour détourner le titre de l’excellent ouvrage d’Anselme Grün, Ce que je veux je ne le fais pas, qui traite de la division intime dans laquelle nous nous plaçons quand notre quête radicale de l’unité ne fait plus place à nos antagonismes.
  3. In Composition médiatique d’un monde commun à partir du pluralisme des régimes d’attention / Conflit des interprétations dans la société de l’information. Chardel Pierre-Antoine; Gossart Cédric; Reber Bernard. Conflit des interprétations dans la société de l’information. Éthiques et politiques de l’environnement, Hermès Science, pp. 41-57, 2012.
  4. Adam Phillips, Stephen Greenblatt, Second Chances: Shakespeare and Freud, Yale University Press.
  5. Adam Phillips, Attention Seeking, éditions Penguin Books, 2019, p. 76.

Marie-Claude GARSABALL

Après une carrière d’enseignante en sciences humaines, bilingue espagnol français, comprenant le catalan, je suis désormais à votre écoute à Cabestany, près de Perpignan.

Je vous propose également des séances à distance. Je reçois des adultes et des enfants.

Ma formation est continue et attestée par un mastère délivré par l’APE. J’ai moi-même suivi des cures avec des psychanalystes de diverses obédiences. Mon approche est donc ouverte à différents courants et globale. Je suis par ailleurs coordinatrice générale de l’APE.

🇪🇸 Después de una carrera docente, hoy soy psicoanalista para adultos y niños cerca de Perpignan. Entiendo bien catalan y hablo español. Mi formación es continua y atestiguada por un diploma de esta APE. Hice personalmente unos psicoanálisis con psicoanalistas comprobados de tendencias distintas. Mi enfoque está entonces abierto a diferentes corrientes y global. También soy coordinadora general de la APE.

+33 (0)6 15 07 23 96 mcgarsaballm@gmail.com

Anne CAPOZZO

Psychanalyste et Psychopraticienne, l’être humain et l’amélioration de ses conditions de vie sont au cœur de mes préoccupations. Passionnée de sciences humaines, de philosophie et d’art, ce n’est pas un hasard si le métier de psychanalyste, pratique où tout est symbole, comme la pratique de l’art, m’est apparue comme une évidence. En psychanalyse, mon intérêt pour les relations humaines harmonieuses, le mieux-être de chacun et la création trouvent pleinement leur place. Née à Lyon, mes origines à la fois méditerranéennes, et savoyardes m’ont permis de développer un regard croisé sur l’histoire culturelle de chacun et sur le Monde qui m’entoure.

Après des études en communication, relations publiques et techniques journalistiques, puis en psychologie clinique à l’université de Lyon, je me suis formée aux outils de l’accompagnement tels que la PNL (Programmation Neuro linguistique), l’Hypnose Ericksonienne et l’EFT (Emotional Technique Freedom – technique de libération émotionnelle). C’est après des années d’analyse et d’apprentissage de mon propre mécanisme psychique et comportemental auprès d’une psychiatre et psychanalyste de renom que s’impose l’idée de devenir psychanalyste. Le pouvoir bénéfique des mots au cours d’une cure est tel que le désir de pratiquer cette méthode unique auprès de celles et ceux qui souffrent m’apparaît comme la voie à suivre. Être psychanalyste à l’écoute demande un investissement et un engagement personnel de chaque instant et de toute une vie. C’est pourquoi, je pense qu’un psychanalyste doit se former tout au long de son existence en participant à des séminaires, des groupes cliniques et de recherche, tout en poursuivant son cheminement analytique personnel. Ainsi, Aujourd’hui encore, je continue mon analyse et suis en supervision.

Pourquoi venir consulter ? Je considère que chaque patient est unique, et son histoire de vie l’est aussi. Du savoir être au savoir-faire, ma pratique se base avec respect et neutralité sur les besoins du patient, de l’écoute de sa souffrance avec présence bienveillante et authenticité. Ma méthode holistique se veut à la fois intégrative, créative, éclairée et personnalisée. Ainsi, les séances se feront dans un cadre harmonieux et respectueux. Les modalités de traitements se discutent ensemble au cours des séances et/ou de la cure, en fonction de chaque situation personnelle. Ecoute bienveillante et respectueuse, authenticité, neutralité et méthode sont les maîtres mots de ma posture éthique. Je vous accueillerai en cabinet ou en téléconsultation, que vous soyez majeur ou mineur, confronté à des souffrances et/ou en questionnement existentiel, et quelle que soit votre nationalité et votre orientation sexuelle. La bonne santé psychique est fondamentale pour le bien-être global. Consulter un psy, c’est un temps pour soi, la voie qui mène à la meilleure version de soi-même.

0687837858 – capozzoanne@gmail.com

Laurent LAFARGUE

Je travaille en cabinet avec un public principalement adulte, mais aussi avec des adolescents et des enfants, en visio et par téléphone.

J’ai exercé en institution avec la Croix Rouge Française en tant que psychologue au Samu Social des Hauts-de-Seine dans le domaine de la grande exclusion et avec les personnes demandeurs d’asile.

Je me déplace également auprès des personnes hospitalisées ou à domicile en fonction des situations.

J’anime des groupes d’analyse de pratique, des supervisions dans le secteur de la grande exclusion auprès de travailleurs sociaux et de psychologues.

Je suis un psychanalyste dit “profane” pour reprendre le beau mot de Freud dans un de ces textes célèbres :‘“la question de l’analyse profane”, dans lequel il écrivit en 1926 que la pratique de la psychanalyse ne devait pas être réservée aux seuls médecins, mais au contraire, bien demeurer ouverte à celles et à ceux qui en plus de leurs capacités personnelles (“in-sight” et formation psychanalytique) avaient des intérêts dans des domaines aussi variés que la biologie, la mythologie, l’histoire de l’art, la littérature etc. C’est à mon avis un texte fondateur pour la psychanalyse de la part de Freud qui s’adresse à ses héritiers et au monde de l’avenir de sa découverte: la praxis analytique ne doit pas être enfermée, réservée, soumise à la Médecine en général et à la Psychiatrie en particulier. On voit bien aujourd’hui toute la pertinence de ce souhait freudien quand on observe les nouvelles classifications psychiatriques internationales (c’est à dire américaines: DSM,CIM..) qui ont balayé les apports freudiens à la psychiatrie (disparition de l’hystérie, donc de la question de la sexualité dans l’approche des sujets, TDAH, PTSD..).. Lui, médecin, neurologue, savait de quoi il parlait car il a été bien seul à ses débuts notamment pour faire re connaître son travail par les autres scientifiques de son époque. Il avait également bien compris que sa découverte pouvait être dévoyée, détournée et finalement effacée (refoulée) dans un contexte de pouvoir grandissant de la psychiatrie, de la pharmacologie et (plus tard) des neurosciences qui sont les approches dominantes de la prise en charge des soins psychiques aujourd’hui.

Je m’inscris donc dans la lignée freudienne à cet égard, car ce que je défends dans ma pratique lors de chaque rencontre avec celles et ceux qui viennent faire un “bout de chemin” avec moi, c’est le Sujet, dans son désir et sa singularité. Je combats les approches” thérapeutiques” qui essaient de “normer” le sujet (c’est-à-dire le désir) ou qui visent une “adaptation”. Je ne pose pas de diagnostic; ce n’est pas mon métier. Ma question, c’est le sujet. Je considère d’ailleurs que nous sommes à un tournant majeur de notre histoire collective où chacun doit prendre sa part pour ce qui est de défendre l’infiniment petit, la singularité, la différence, l’autre.

J’aime cette phrase de Kant qui écrivit que” l’homme est fait d’un bois si tordu qu’il est douteux qu’on puisse jamais en tirer quelque chose de tout à fait droit”. Phrase que je fais mienne car pour qui s’intéresse à la question du désir la route n’est pas droite, il s’agit plutôt d’un chemin tortueux, de chemins de traverse, d’une quête qui dure toute la vie, que seul le sujet peut mener dans le cadre d’un travail sur lui-même, accompagné par quelqu’un qu’il choisit et qui doit le rendre in fine le plus libre possible.

On engage sa parole dans une thérapie analytique, mais le sujet doit rester libre, c’est un élément fondamental que ni l’analyste ni l’analysant ne doivent perdre de vue. Je travaille sur le principe freudien de l’association libre, sur les rêves, les fantasmes non pas en Sphinx muet, mais en Therapon (“double pour le combat”), car je considère que l’écoute et le silence ne suffisent pas. Le désir du sujet qui vient me rencontrer demande à être interprété. C’est donc bien d’un travail à deux dont il s’agit: du sujet analysant et du sujet analyste.

De manière plus prosaïque, je me suis formé à Espace Analytique à Paris , institut de formation psychanalytique fondé par Octave et Maud Mannoni, où j’ai rencontré de nombreux praticiens de différents courants; lacaniens, freudiens, kleiniens, winnicottiens principalement qui m’ont beaucoup transmis de leur savoir et de leur expérience. J’ai rejoint l’A.P.E. (Association des Psychanalystes Européens) en 2020, intéressé par la dimension éclectique de cette association et désireux de rencontrer d’autres personnalités, d’autres approches, qui m’ont permis d’enrichir mon travail de réflexion clinique. J’ai eu l’opportunité en 2025 de faire partie du CA de l’association, ce qui m’a permis d’institutionnaliser la Clinique Solidaire à destination des publics en situation économique fragile, dans la lignée du souhait freudien de permettre à celles et ceux qui le souhaiteraient de faire un travail analytique avec un psychanalyste à un tarif modéré ou par le système du troc

J’ai également beaucoup appris de mon travail en institution (Samu Social, Croix Rouge Française, Hôpital de Jour, CMPP..), et dans les échanges avec mes collègues dans des groupes de travail, sans oublier et en premier lieu peut être, de mes analysants.

C’est néanmoins dans ma propre analyse que j’ai le plus appris, sur moi et sur les autres.

C’est l’analysant que je fus qui me permet d’écouter et de parler en analyste aujourd’hui.

Contact 06 60 53 65 52 – lafargue.laurent@gmail.com

Texte pour la section « Rencontres »

CÅP Psychanalyse se veut avant tout un lieu de rencontre, de partage et de co-construction. A l’image de ce que devrait être en tout lieu et en toutes circonstances un espace analytique, la communauté des Compagnons se donne comme horizon de préserver ensemble les conditions d’une pensée libre, ouverte au jeu amical et stimulant de la parité.
C’est dans la rencontre que cet idéal exigeant prend son sens. Une rencontre sous l’auspice du dialogue.

Les rencontres que les Compagnons se donnent à vivre sont autant d’occasion de faire lien, par leurs convergences comme par leurs divergences, pour permettre à chacun de déplier avec quelques autres les enjeux intellectuels, affectifs ou spirituels de sa propre clinique et de son rapport au travail analytique. Elle se détaillent dans les catégories suivantes, sans que cette liste soit limitative :

Type de rencontresIntentions et publics cibles
Séminaires publicsOuverts à tous, y compris aux publics extérieurs à l’association, les Séminaires sont l’occasion une fois tous les deux mois d’accueillir le témoignage ou la parole d’invités dont la pensée, l’engagement ou les travaux rejoignent ou stimulent la sensibilité des Compagnons.
Rencontres du CercleRéservées à l’ensemble des membres de l’association (Agora), les Rencontres du cercle sont l’occasion tous les quinze jours d’un partage en « groupe clinique » autour de la psychanalyse proposé par un ou plusieurs membres du Cercle analytique.
Ateliers et échanges de pratiquesRéservés aux membres du Collegium ou du Cercle, ces ateliers s’inscrivent dans le développement de la pratique pour les analystes en exercice et ceux en cours de formation didactique : intervisions, échanges de pratiques, analyse des rêves, recherche et écriture…
Figures libresCes « figures » sont l’occasion d’explorer par le détour des arts (cinéma, peinture, sculpture, musique), de la pop culture (BD, cuisine), de la littérature, de la poésie, de la philosophie, de l’histoire ou des pratiques psychocorporelles les tissages subtils entre l’inconscient et les problématiques de la société contemporaine. Elles sont ouvertes et à l’initiative de l’ensemble des membres.
Evénements de la vie associativeIl s’agit de tous les événements formels ou informels de l’association, concernant l’ensemble de ses membres et permettant le lien et la participation de chacun à la vie du collectif. Cela peut inclure des regroupements deux fois par ans pour que chacun puisse se rencontrer.
GouvernanceParfois ouvertes aux membres selon la nature de leurs délibérations, ces rencontres regroupent les réunions régulières du Concilium et les Assemblées présidées par le Ting.